Plus le choix...

Publié le 2 Novembre 2018

Certaines voies spirituelles se penchent directement sur la dissolution de l'ego. D'autres s'orientent vers un travail énergétique, par exemple la kundalini ou ce que propose par exemple le taoïsme, d'autres sur un développement de l'âme et l'ouverture du coeur. Les spiritualités indiennes, orientales ou certaines chrétiennes ou musulmanes s'orientent sur l'adoration, ou sur l'action, ou sur la connaissance, en combinant toutes sortes de pratiques en rapport. Je ne cite que cela sans être exhaustif, sans compter toutes les combinaisons possibles. L'objectif affiché étant de se fondre dans le Divin, ou de révéler le Divin en soi, ou de faire descendre le Divin dans la corporéité... Il n'y a pas qu'une seule Voie, qu'une seule sorte d'aspiration. Mais si toutes ces voies partent d'un souffle divin déjà présent en soi, aspirant à (re)trouver l'Amour, ou à participer de l'évolution, tous les aspirants se trouvent tôt ou tard confrontés à l'ego, et à toutes les difficultés auxquelles nous faisons fasse à cause de cela. Car dans toutes les pratiques, l'ego récupère tout, s'approprie tout et si on n'y prend pas garde, on peut complètement passer à côté de notre chemin sans même s'en apercevoir.
Si à travers l'ego l'humain a expérimenté son individualité, il faut bien à un moment donné se pencher sérieusement sur la question de sa dissolution pour passer à un autre stade de fonctionnement. J'avais bien conscience d'un certain nombre de fonctionnements non adéquats, ou illusoires, mais jusqu'à il y a peu, je dirais que ça ne me posait pas plus de problèmes que cela. Je vais être honnête, il y a aussi un grand nombre de fonctionnements liés à l'ego dont je n'avais pas conscience. Le fait de vivre des expériences, de voir "des trucs", de sentir que les énergies travaillent dans le corps, de percevoir des phénomènes subtils, cela faisait partie de ma vie et j'en étais très heureux. D'une certaine façon, j'y trouvais mon compte, je veux dire par là que le "système" s'alimentait un peu de lui-même sans que je ne recherche rien. C'était vrai jusqu'à une certaine époque. Mais, dans cette démarche, il faut être totalement honnête et sincère, on ne peut pas se satisfaire de peu. Il faut être entier, car c'est dans nos diffractions que le mensonge se cache. Donc  il faut déceler le vrai du faux, la fausse humilité, l'image versus la réalité, et plus on avance (sous entendu, au fur et à mesure des progrès), plus tout devient subtil, plus on s'enfonce dans un clair obscur dans lequel il devient de plus en plus difficile de déceler les racines des comportements. Je pensais que la Lumière seule allait extraire, un peu miraculeusement, cette racine profonde qu'est l'ego. En fait, j'attendais un truc, LE truc, de l'extérieur. La tête farcie de toutes les histoires des uns et des autres ayant atteint l'éveil plus ou moins spontanément, un peu stupidement, je me demandais quand cela allait arriver, vu que la Lumière a tout de même bien grappillé de structures autour. Enfin, ça, c'est ma perception d'être humain en chemin. Si ça se trouve, le Divin doit se gausser de mon ignorance et de ma stupidité...
L'autre versant du "problème", si je puis dire, c'est lorsque je suis mis en face de mes fermetures, de mes protections, de mes mensonges, de ces espaces relégués à l'arrière plan ou de ces territoires que je n'ai pas envie de voir. Tout seul, c'est facile de s'illusionner, de se raconter des histoires, de se feindre d'une fausse humilité qui n'a d'égal que l'aveuglement dont on peut faire preuve, souvent. La Vie nous apporte toujours cette possibilité de confrontation à soi-même, à condition de l'accueillir et de l'accepter. C'est cette nouvelle relation amoureuse qui allait me montrer ces territoires, et à quel point finalement l'expérience de l'Amour dans la relation amoureuse pouvait prendre une autre envergure que celles que j'avais déjà explorées par ailleurs. Je vais un peu expliquer, sans pour autant tout dévoiler de ce que je vis.
En temps qu'êtres incarnés, nous avons à faire l'expérience de ce monde, dans tout ce qu'il peut nous offrir, en relation avec notre karma. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas en accord avec les spiritualités qui prônent le retour à "la Source", ce qui correspond à une fuite vers le haut, en laissant le corps en bas. Comme tout le reste, si la matière existe, c'est qu'elle peut être transcendée et qu'elle est la suprême conquête de l'Amour et de l'incarnation divine. Et pour pouvoir incarner l'Amour, je considère qu'il faut l'incarner dans toutes les sphères de la Vie qui nous est offerte. C'est aussi comme cela que l'on vient à bout du karma, selon Sri Aurobindo par exemple. L'Amour mystique est un amour vers le haut, certes, vers "le plus grand que nous", vers l'Inconnaissable, vers le Sans Nom, il est impersonnel, mais nous sommes des êtres de relation, nous sommes aussi des individus, et si cet Amour ne domine pas nos relations, toutes nos relations, y compris la relation à soi-même, alors l'Amour mystique, l'Ananda en sanskrit, ne sert pas à grand-chose, ou en tous cas il ne sert pas le monde. Certes parfois cet Amour là me prend et me fait fondre. Mais il ne m'a pas paru logique et cohérent de ne pas m'interroger sur toutes les relations traversées, par exemple ceux qui m'ont fait du mal, sur des relations qui ont été difficiles, sur moi-même et tout ce que je peux ne pas aimer en moi, ainsi que sur ces relations où j'ai cru aimer alors que je ne voyais que moi-même. Le Divin ne peut pas aller là où nous même n'allons pas. En repassant en revue certains aspects de ma vie, dans beaucoup de celles-là, il y avait de l'ego, du contrôle, des protections, des barrières, du mensonge. C'est dans ces aspects-là qu'il est important d'aller y mettre de l'amour, mais pas cette mièvrerie ridicule dont certains courants new age parlent. J'ai surtout pris conscience de cela vis-à-vis de mes enfants. Car j'ai un amour immodéré pour ces deux êtres, et cet amour m'a fait grandir au fur et à mesure qu'ils font leurs expériences. Et c'est peut-être grâce à cet amour-là que j'ai pu avancer dans d'autres aspects de ma vie. Pardonner à ceux qui ont fait du mal et, pour certains, les serrer dans mes bras, c'était aussi un moyen de faire tomber les barrières, de passer au-delà des protections, des blessures et de l'ego. L'amour parental n'est qu'un aspect de ce que l'on peut exprimer comme amour. Il y a de multiples autres manières d'exprimer cette vibration d'amour dans toutes les sphères de notre existence. D'ailleurs, Jésus ne disait-il pas "qu'il fallait aimer nos ennemis comme nous-mêmes" ?  Au boulot par exemple, même si ce n'est pas le plus facile, aimer l'humanité de l'autre peut faire des miracles pour résoudre des situations complexes. Tout le monde n'y sera pas réceptif, certes, et beaucoup en profiteront pour essayer de nous berner. Mais quelle importance ? 
Alors dans la relation amoureuse, c'est normalement là où on doit se livrer le plus, mais l'expérience montre que c'est souvent là que l'ego se manifeste le plus, et ce de façon très sournoise et dissimulée. J'ai très souvent assimilée la relation amoureuse à la relation au Divin, car toutes les parties de l'être y sont impliquées, du coeur au corps, en passant par la tête. Mais je me suis aussi beaucoup illusionné, car là où je croyais y avoir mis du coeur, c'était surtout du contrôle. Or, vu le contexte d'aujourd'hui, les choses évoluent et cette relation qui a démarré il y a quelques mois, très différente de ce que j'ai vécu jusqu'à présent, me montre que l'ego est encore très présent dans la relation et ses facettes se dévoilent progressivement. En même temps, au fur et à mesure que les mécanismes se dévoilent, c'est à chaque fois le film de ma vie qui repasse devant les yeux. Sans me lamenter pour autant, ça permet de pardonner ce "moi" du passé qui a pu faire du mal en toute inconscience, ou sous de faux prétextes, même sous prétexte de spiritualité. C'est clair que voir les implications de nos comportements égotiques lorsqu'ils se révèlent demande un certain courage, et beaucoup d'humilité.
Ca veut dire qu'il faut voir le réel, accepter et lâcher, se donner, se livrer, se dénuder, pour laisser l'amour s'exprimer. C'est l'inconnu, car je m'aperçois de toutes ces idées fausses sur la relation, sur l'autre, sur moi-même, pour ne montrer que le meilleur ? Mais ce regard extérieur, quand il est bienveillant, honnête, amoureux, peut être d'une grande aide lorsqu'il est désintéressé. Ca demande forcément du discernement de part et d'autre, car l'ego est présent chez l'autre aussi. Mais c'est aussi comme cela que l'Amour grandit...
Donc pour en revenir à ce que je souhaite exprimer ici, c'est qu'en revenant de Grèce, il est apparu comme nécessaire de se pencher sérieusement sur cet ego, pour plusieurs raisons. D'abord parce que la question de savoir si j'avançais de la bonne manière a fait surface en revenant du mont Athos. Ensuite parce que je sentais bien que ma relation amoureuse n'irait pas très loin si je restais sur des fonctionnements automatiques ou inconscients tels que je les vivais jusqu'à aujourd'hui, fonctionnements cristallisés sur l'ego principalement, en face desquels je pouvais encore m'illusionner. Et puis ensuite j'avais bien conscience que quelque chose n'était plus juste dans ma manière de vivre ma relation au monde et également ma spiritualité. En effet, je me demandais si je profitais pleinement des énergies que je percevais, je trouvais que quelque chose en moi attendait plus, mais n'était pas nourri. Et puis quelque chose s'est brisé, une certaine manière de vivre les énergies et la quête intérieure. J'ai compris que je fonctionnais d'une manière erronée, basée sur des images et non sur le réel. D'où la crise existentielle dont j'ai fait mention avant et dont je ne suis pas certain d'être sorti à ce jour...
Jusqu'alors, l'ego se trouvait nourri de cette spiritualité, pour de multiples raisons. Et donc à travers cela il, ou devrais-je dire je, me trouvais en attente, et si cette attente n'était pas nourrie, alors toutes sortes de mouvements émergeaient, des idées de toutes sortes, des questions sans véritable fondement, de l'agitation, des regrets... Ce qui est perturbant, et je dis cela humblement, c'est de ne pas se laisser distraire par les expériences, qui, si elles arrivent et travaillent sur certains plans, peuvent être récupérées par l'ego, même si j'ai appris à les dépersonnaliser et à ne plus les considérer comme une friandise. Tout ça, il a fallu le voir, l'accueillir, l'accepter, et parfois des voiles tombent d'eux-mêmes, des lâchers prises qui ne sont pas du fait d'une volonté, c'est plutôt quelque chose qui se fait de lui-même. Et pourquoi ça se passe comme cela ? Parce qu'au fond il y a un vide, et que ce vide, on cherche tous à le remplir d'une façon ou d'une autre. Alors évidemment prendre conscience de ce vide, ce n'est pas évident. Accepter de n'être plus rien, et surtout de n'être plus rien à nos propres yeux, c'est exactement l'inverse de ce que l'on fait à chaque seconde. Car on cherche en permanence à fuir et à remplir ce vide. C'est contre cette nature automatique et cristallisante qu'est l'ego. Mais bon, il faut vraiment s'y pencher et la vie me montre qu'il n'y a plus le choix.
Juste pour évoquer un peu les phénomènes de la période, je me vis comme si j'étais englué dans une boue sédimentée. Ca colle, c'est difficile de s'en sortir. Certes parfois il y a comme un sursaut de la boue, un peu comme un magma, ou parfois comme un voile qui tombe, mais toujours cette glu. Je note que de temps à autres, il y a des remontées psychiques, c'est assez nouveau, je ne me souviens pas que ça se soit déjà produit, ou en tous cas pas comme ça, un peu comme une bulle qui explose à la surface une fois intégrée, et ça retombe. Et j'observe qu'il n'y a pas que des scories personnelles, il y a aussi des éléments de l'inconscient collectif qui traversent le corps. Ce qui fait par exemple que j'ai eu de nombreuses douleurs dans le bassin et dans les jambes jusqu'aux genoux. Elles partaient, revenaient, prenaient de l'ampleur, puis s'apaisaient. Au moment où j'écris ces lignes, c'est un peu plus calme. Certes en l'état actuel des choses, ma vie est plutôt tranquille, nonobstant certaines situations qui bousculent l'ego et qui m'amènent à "traiter" les réactions que j'observe, mais on pourrait considérer, compte tenu des petits bonheurs alentours, que la vie se déroule sans trop d'accrocs, comme un long fleuve tranquille. Le pendant de cela, c'est l'inertie que ça peut amener. Certes ça permet de souffler un peu, mais la vie sur Terre est courte et on a un gros travail à réaliser. Et donc ça pousse du fond du Coeur, parfois ça aspire par le dessus de la tête, et tout ça donne de la vigueur à la flamme, ce qui empêche de plonger dans l'inertie.
Donc en conclusion il n'y a plus le choix, car l'ego est un barrage, il est la prison de l'esprit. Pas de réelle avancée tant que l'ego est toujours présent. Certes, je ne nie pas le travail qui s'est effectué par ailleurs, mais comment envisager une réelle expansion tant qu'il y a cet enfermement de l'esprit, cette pierre qui se trouve devant la porte du coeur et de l'âme, qui fausse tout ? Il n'y a plus le choix, la vie me montre que la dissolution de l'ego devient nécessaire, que c'est le travail auquel je dois m'attacher sérieusement par dessus tout dès maintenant. Mais pas par lui-même, et c'est là toute la difficulté, toute la subtilité, toute la nécessité de trouver et de plonger dans les méandres de ses retors pour en déraciner le fonctionnement. Le suprême danger, c'est de tourner en rond, l'ego se perpétuant lui-même à travers un jeu qui peut être un jeu de dupes... La suite ? L'inconnu... je m'en remets à Dieu.
Plus le choix...

Rédigé par Serge Z.

Publié dans #experience energetique spirituelle

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