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Publié le 6 Août 2020

Développement personnel vs développement spirituel

Quand je regarde différents podcasts ou articles concernant le développement personnel et le développement spirituel, des fois il me semble qu'il peut y avoir confusion entre les deux. Alors je vais donner quelques éléments pour permettre de discerner ce qui est de l'ordre du développement de la personnalité, de ce qui est d'un autre type de développement. Je précise tout de suite que je ne juge pas, qu'il n'y a ni bien ni mal dans mes propos et que je ne conseille ni l'un ni l'autre (même si j'ai un avis tranché sur la question), laissant chacun libre de ses choix. Il convient néanmoins d'être très clair sur ses motivations et aspirations pour ne pas se tromper de voie et éviter de prendre une direction qui nous conduirait dans une impasse, en nous faisant perdre beaucoup d'énergie.

D'abord, soyons précis sur la définition de chacun de ces sujets.

C'est un plénonasme de dire que le développement personnel concerne le développement de sa personnalité. Et souvent, l'objectif est de réussir sa vie terrestre : plus d'argent, une relation plus équilibrée avec son conjoint, un boulot qui nous passionne ou avoir les clés de la réussite, devenir entrepreneur, une vie plus passionnante,...ou pour simplement trouver sa propre définition du bonheur. Il y a toutes sortes de motivations possibles. Pour cela, on a besoin de clés, de compréhensions diverses et variées du fonctionnement de l'humain, souvent acquises à travers des formations sur des techniques déjà éprouvées. Reste plus qu'à les appliquer ensuite, une fois que l'on a dépassé les freins personnels auxquels on peut être confrontés. Ainsi, on pourra se former à des techniques comme la prise de parole en public, savoir dire non, développer son leadership, les clés de l'abondance, comment être heureux en 10 étapes,... Est-ce que ça marche ou non, je n'en sais rien. Ou presque car pendant mes années d'entreprise, le manager que j'étais s'est formé à une partie de ces techniques, avec plus ou moins de succès.

Alors développer sa personnalité, c'est ajouter des expériences et des couches aux expériences et aux couches déjà présentes en soi. J'ai un peu de mal avec une expression du moment : "devenir la meilleure version de soi-même", qui est le slogan fanion de ce type de démarche. Cela sous-entend qu'en ajoutant des "logiciels" à ceux déjà présents en soi, ou en les mettant à jour, on peut percer dans les domaines dans lesquels on le souhaite. Alors c'est vrai en partie, car il faut bien se former pour avancer dans les domaines qui nous intéressent. C'est un fait et une nécessité. L'éducation et la formation sont des clés de réussite, quel que soit le domaine.  Mais on ne devient pas une meilleure personne pour autant. On devient juste un peu meilleur dans son domaine, et encore ça ne se fait que dans certaines conditions. Mais heureusement, nous ne sommes pas des ordinateurs qu'il suffirait de mettre à jour pour être des machines plus efficientes. C'est tout de même un peu plus complexe que cela. Mais c'est aussi le piège de ce genre de démarche.

Il n'y a aucun mal à vouloir réussir dans ce monde et à s'en donner les moyens. Mais le piège subtil donc, c'est que ça se fasse au détriment d'autres personnes, et également parfois à notre propre détriment. Donc, c'est que sur la base d'un développement personnel, on développe également son ego et qu'en se formant à des méthodes que d'autres ne connaissent pas, on prend un avantage qui nous permet de gagner un marché ou une position enviable dans l'entreprise, et du coup on en tire une gloire, de l'orgueil, voire de l'arrogance parfois et une fierté personnelles. Certes, on peut être heureux d'avoir réussi dans un domaine et atteint les objectifs (S.M.A.R.T., les connaisseurs comprendront) que l'on s'est fixés. Mais attention à l'éthique ou à la morale car parfois certaines méthodes peuvent nous amener à être "borderline" et quelque peu variable avec nos principes d'honnêteté, de vérité, ou autres que l'on peut prôner aux yeux du monde, ou à nos propres yeux. On peut également être amené à ne pas écouter nos besoins fondamentaux, à délaisser notre vie sociale ou notre famille pour des ambitions parfois démesurées, ou en tous cas très éphémères. Est-ce que ça vaut le coup ? C'est à chacun à répondre honnêtement à cette question.

Je pourrais donner des exemples de ce que j'ai appelé "l'honnêteté à géométrie variable" pour certains de mes anciens collègues qui s'asseyaient parfois sur leurs principes pour grapiller quelques jours en plus de prestations. Ou un autre auquel je pense, catholique affiché, père de famille, "bien sous tout rapport", bien-pensant, n'hésitant pas à écraser les autres pour grimper dans les échelons sous des prétextes quelque peu discutables (après avoir appliqué les dites-techniques apprises en formation lui permettant d'être plus "efficace" dans son management). Je pense aussi à cette collègue, absolument inflexible sur ses décisions, forte des principes liés à son éducation, faisant pleurer ses collègues à force de tensions mais néanmoins assurée d'avoir appliqué les méthodes comme il se devait. Difficile de lui faire entrendre raison... Les exemples ne manquent pas, mais également les exemples plus heureux d'anciens collègues fiers d'avoir monté leur entreprise de plusieurs millions d'euros de CA après des années d'effort. Pas sûr que ceux-là soient nombreux, et satisfaits pour autant. Ne leur manquera-t-il pas toujours quelque chose de plus fondamental ? Attention toutefois au miroir aux alouettes qui peuvent nous faire croire qu'il suffit d'appliquer des techniques pour avancer dans l'existence tel qu'on le souhaiterait. 

Mais soit, si ce type de développement est celui que vous choisissez pour faire votre vie, il doit être clair pour vous que votre réussite dans les affaires de ce monde est le centre de votre vie. A vous de voir quelles sont les dégâts collatéraux de votre réusite.  Et la sagesse populaire nous affirme avec justesse que l'on ne peut pas courir après deux lièvres à la fois. Il faut donc être "focus" sur l'objectif pour avoir une chance de l'atteindre, comme il est expliqué régulièrement à droite à gauche. Ca doit nous faire réfléchir un minimum.

Après, je décris une image un peu orientée du développement personnel car personnellement (sic !), j'ai toujours trouvé qu'il y avait un revers à la médaille. Néanmoins, il peut être un moyen de répondre à une certaine image à laquelle vous souhaitez ressembler. Auquel cas, ou peut effectivement appliquer des techniques de communication pour apaiser une relation ou être par exemple un bon médiateur dans une situation complexe, ou mettre en oeuvre les clés pour s'ouvrir à l'abondance. Soit. L'idée de ressembler à un modèle, en évoluant dans ses comportements par des techniques apprises, peut être une dynamique à ce type de développement. Le problème, c'est de se faire une image de soi-même, et donc d'être ou de devenir quelqu'un que l'on n'est fondamentalement pas. Et sachez que le naturel refait toujours surface et que le corps ne ment pas...

Pour terminer sur cet aspect, une philosophe actuelle dont le grand-père était très connu dans le cinéma français dresse un portrait très dur du développement qu'elle appelle "impersonnel". Car, dit-elle, c'est une ineptie d'appliquer des techniques standards à des individus sensés être uniques. Elle rejoint donc mon propos. Car même si je ne juge pas, j'ai vu trop de comportements plus ou moins déviants ou inadaptés par ce genre d'approche. J'ai donc un peu de mal à pousser en ce sens et à considérer que ce soit véritablement "un développement". Je pense plutôt que c'est un ensemble de moyens de fonctionnement en compromis qui créent une sur-couche complexe à une personnalité déjà complexe en soi. Mais gardons cette dénomination pour ne pas se perdre dans des teminologies compliquées.  

Evoquons maintenant le sujet du développement spirituel. 

On entre  ici dans un espace complexe qui est sans nul doute à 180° du développement personnel. Bon, il existe différents types de développements spirituels et les lister tous, si c'est possible, n'apporterait pas grand-chose. Essayons de rester macro dans un premier temps pour dresser un premier tableau de ce que l'on entend par là.

Il faut avant tout comprendre, ou admettre dans un premier temps, que l'on va travailler sur des parties de soi qui ont chacune leur fonction propre, et dont la coordination fait de nous des êtres complexes. Je parle ici : de l'esprit, de l'âme, de la conscience, des énergies diverses et variées, du coeur... Tous ces éléments sont distincts, et peuvent être développées conjointement ou spécifiquement par des pratiques particulières. 

En tout état de cause, la première caractéristique de ce type de chemin, est ou devrait être, l'humilité. Car l'idée, c'est de faire appel à "plus grand que soi" (ou plus lumineux, plus puissant, peu importe comment on l'exprime), et de laisser la place. Ici, attention, si vous pensez : channelling, astrologie, faire appel à une entité quelconque,.... ce n'est pas de la spiritualité ! Ce sont des pratiques occultes. Et il y a une différence fondamentale entre l'occulte et la spiritualité : le premier est de l'ordre de la dépendance et de l'attachement, voire de la possession. C'est une voie d'emprisonnement qui peut être très dangereuse. La spiritualité est une voie de libération et d'ouverture, tout en gardant notre discernement. C'est la deuxième qualité à développer. C'est le discernement qui nous permet de nous ouvrir à une plus grande lucidité et intelligence.  L'occulte à l'inverse, c'est un moyen de manipuler tout en se faisant soi-même manipuler dans une semi obscurité.

On entre dans une démarche spirituelle souvent par une aspiration intérieure, par un appel que l'on ressent au plus profond de soi. Cela peut se traduire par un besoin de silence, de contemplation, de prière, de recueillement, de paix intérieure, d'amour du prochain, de charité désintéressée, de don de soi sans attente de retour ou de reconnaissance... La différence d'avec le développement personnel, c'est que l'on ne cherche pas à devenir ou à avoir, mais à être, à ressentir pleinement la vie ou le silence ou la paix qui nous habite. Evidemment, il y a de nombreux obstacles, et le premier est en soi : l'ego, qui invariablement, va impulser des désirs d'avoir et de devenir, dans une démarche initiale d'être. D'où la nécessité de la vigilance, du discernement, de l'honnêteté. La question à se poser n'est pas : "qu'est-ce que je veux ?" et si c'est cette question qui vient en premier, c'est que c'est l'ego qui veut posséder. La question serait plutôt : "quel est cet appel que je ressens ?", car c'est cet appel qui sera le moteur d'un chemin à entreprendre.

Et là où je vais peut-être en choquer quelques-uns, c'est de considérer notre personnalité comme étant également un sérieux obstacle. Je ne vais pas détailler ce que j'entends par là, ce blog décrit pas mal d'expériences qui permettent de se donner une idée de ce qu'est "intégrer la personnalité", et ce qu'est en soi la personnalité : un agglomérat de différentes structures non intégrées, c'est-à-dire pour simplifier un peu, non vécues complètement, non accomplies, voire douloureuses, et auxquelles parfois on est si attachés. Tous ces éléments en nous qui nous induisent dans des situations que l'on ne veut parfois pas, ou qui se manifestent à nous sans qu'on comprenne pourquoi, que l'on n'accepte pas, etc. En fonction de la voie choisie, on abordera ces éléments de façon différente. En tout état de cause, il peut être nécessaire d'en passer par la thérapie pour raboter certaines difficultés. On pourrait presque dire que la thérapie est le médian entre le développement personnel et le développement spirituel : la guérison peut être nécessaire avant de prendre l'une ou l'autre voie. Mais ne nous trompons pas, prendre l'une ou l'autre comme si c'était des voies de guérison peut nous confronter à de sinistres revers, et nous faire jeter le bébé avec l'eau du bain. Et parfois au contraire c'est un détour nécessaire pour se réaligner sur notre chemin.

Si le développement personnel est d'acquérir des armes et des armures pour faire sa place en ce monde, la spiritualité est tout au contraire une possibilité d'ouverture vers nos profondeurs. Cela aurait du être la raison d'être des religions. Mais sans entrer dans le détail, celles-ci ont grandement perdu le fond spirituel qui les a motivés initialement.

Donc si l'on a bien compris le propos, il devrait être clair que les pratiques dites spirituelles ne proviennent pas d'une impulsion du moi, mais sont la résultante naturelle de l'appel intérieur. Ainsi, on ne devrait pas se forcer à méditer si on ne le sent pas; ce serait encore une volonté du moi de faire quelque chose. Je parle de  méditer assis les yeux fermés pendant longtemps. La méditation est naturelle pour celui qui se sent appelé, quelle que soit la forme que celle-ci prend. On peut apporter des ajustements, mais jamais on ne se force. Et il y a plusieurs types de méditations possibles.  Idem avec la prière ou la contemplation, même si celles-ci peuvent être pratiquées selon certains enseignements, c'est d'abord un besoin d'être qui anime, de ressentir. Donc par exemple méditer pour réduire le stress, juste parce que l'on est assis à pratiquer une certaine forme de vigilance, c'est tendancieux, c'est une déclinaison dangereuse d'une pratique aboutie, et qui s'entend pour arriver dans une "transcendance transpersonnelle" lorsque l'on maîtrise le passage dans d'autres niveaux de conscience, mais pas pour servir d'outil à une personnalité trop stressée. C'est pour cela que les bouddhistes par exemple prennent refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha pour se protéger lors de ces pratiques.  Ils ne cherchent pas à combattre le stress par la méditation.

Alors la question finale peut être de se demander si l'un peut servir l'autre : est-ce que le développement spirituel peut servir le développement personnel ou inversement ? Eh bien oui dans une certaine mesure. C'est-à-dire qu'à partir du moment où l'on va commencer à ressentir un épanouissement dans la paix ou le silence, ou dans une évolution de l'âme, ou dans nos énergies, il est possible que la personnalité puisse trouver une certaine forme de liberté qu'elle ne connaissait pas avant et en profiter pour développer certaines possibilités en ce monde. Mais ceci a ses limites et peut se retrouver être un grand piège si l'on n'est pas vigilant. On ne peut pas s'engager sur un chemin spirituel si l'on est tiède ou que l'on s'en sert pour ses désirs personnels. On ne peut pas travestir la vérité ou s'en arranger pour avoir du succès dans les affaires de ce monde, ou s'en servir comme d'un moyen pour avoir du pouvoir sur les autres. Il faut donc être très clair sur nos motivations, et bien avoir à l'esprit que : choisir, c'est renoncer. Si l'on choisit le chemin de la vérité, on doit renoncer au mensonge, sous toutes ses formes...

Le chemin spirituel, lorsque l'on s'y engage, doit être le centre de notre vie. Le développement personnel, ma foi, peut être une façon de devenir efficace dans ce monde, selon l'image que l'on peut s'en faire. Alors ? quelle voie choisissez-vous ?

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Rédigé par Serge Z.

Publié dans #Réflexions, #connaissance de soi

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