Publié le 6 Mai 2019

Le chameau et le chas (de l'aiguille)

Que s'est-il passé depuis la dernière fois où j'ai écrit sur mes expériences ? Pour ainsi dire, eh bien quasiment rien. Pourquoi ? Probablement parce que plus je me rapproche du centre de l'ego, et plus c'est difficile d'avancer. Certes, des liens se défont, des entités émergent, mais comme je le décris depuis plusieurs mois, le chemin ressemble davantage à un resserrement plus qu'à une expansion, comme si la prison se vidait de sa substance pour ne plus voir que les barreaux. Une précision quand je parle de l'ego : il s'agit principalement de l'identification à une image, donc au mécanisme qui se situe au centre de la tête.

Pour s'évader de sa prison, on procède tous plus ou moins de la même façon : on se raconte des histoires, on se projette, on s'illusionne en ne voulant voir qu'une toute petite partie de la réalité, celle qui nous arrange, on se situe dans le déni voire dans le mensonge, on court après le miroir aux alouettes, en tentant d'en attraper une... Je n'échappe pas à la règle et regarder en face ces mécanismes, qui sont des ruses de l'esprit, n'est jamais facile. J'ai toujours en tête cette phrase de l'évangile de Matthieu : "il est plus facile pour un chameau de passer par le chas de l'aiguille qu'un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu". Il faut tout abandonner, se présenter "nu" comme m'a dit une fois la Lumière, tout enlever de ce que l'on croit posséder, dans les recoins le plus reculées de notre conscience où se cachent les chaînes de notre emprisonnement. De cette façon, la Lumière peut accomplir pleinement et efficacement son travail. Sinon, l'ego récupère les expériences et recrée une séparation, donc une image, des histoires,...et finit par tout re bloquer.

Alors je suis vigilant à chaque fois q'une expérience intérieure arrive, une vision ou un phénomène énergétique. Là où j'y voyais une sorte de récompense, de friandise, je lâche, reste dans le silence, passe vite à autre chose. Ca arrive, puis ça repart, inutile de s'y accrocher ou de s'en réjouir plus que de raison. J'observe le temps que c'est là, le temps que ça travaille, puis passe à autre chose. Ca m'arrive à moi comme ça pourrait arriver à quelqu'un d'autre. Finalement, rien d'exceptionnel sur quoi s'accrocher, il n'est ici pas question de dignité ou d'indignité. Ca arrive, point. Deux expériences troublantes m'ont néanmoins fait peur, des attaques de forces hostiles, ou de forces contre évolutives si vous préférez. Et là je me suis dit qu'il y avait une sorte d'urgence. Car en l'état actuel, l'âme est à l'arrière plan et ne peut pas agir dans toute sa plénitude, et l'ego au premier plan qui tourne en rond dans ses mécanismes bloque toute liberté d'action. Je me souviens lorsque cela s'est cristallisé de cette façon. Je me souviens le jour où la peur et la colère ont été si fortes que mon chemin a pris une toute autre direction que celle qui avait semblé se dessiner, lorsque tout s'est effondré à cause des attaques et qu'il a fallu appréhender le chemin intérieur d'une autre façon. Car à ce moment-là, l'ego, porté par les forces hostiles, a créé des barrières, les prenant à tort pour des protections, et en a accentué d'autres, rendant le chemin plus compliqué que ce qu'il n'était déjà (article ici).

Il a alors fallu tout reprendre à zéro, reposer les bases du travail, approfondir le travail de connaissance de soi, appréhender mon extrême sensibilité sous un autre jour, en n'en faisant plus le centre et donc en la remettant à sa juste place, celle d'un outil. Puis les années ont passé, ne plus regarder vers l'arrière, vers le "paradis perdu", et c'est peut-être ce qui est (encore ?) le plus difficile. Lorsqu'un fonctionnement n'est plus valide, lorsqu'il n'est plus adapté à une situation, lorsqu'il est lui-même le problème, il faut comprendre déjà, puis lâcher, se donner d'autres moyens, vérifier qu'ils sont adaptés, et dans le cas contraire, plonger à la racine, en évitant tous les écueils, les illusions, re-lâcher, re-plonger, se remettre 100 fois en question... Oui, mais sans arrière pensée, sans objectif défini car pour que cette avancée soit effective, on ne se possède plus, ou plutôt on ne peut plus contrôler, car c'est là où il faut accepter de ne plus être rien pour soi-même. C'est une mort oui, certes pour une renaissance, mais si l'on pense à la renaissance alors on se projette encore une fois et on loupe le coche. Accepter de ne plus être cette image fixée quelquepart dans la conscience, celle qui peut être l'idéal que l'on a de soi-même, c'est aussi se regarder tel que l'on est, dans sa réalité la plus profonde, et d'arrêter ce jeu de dupe qui ne dupe que soi-même. Et tant que ceci ne lâche pas, le Divin ne peut pas agir. Je m'en suis aperçu au fur et à mesure des derniers voyages. J'imaginais que les énergies que j'allais trouver allaient pouvoir m'amener plus haut, plus loin, ou plus de lumière. Oui certes, mais revenu chez moi, après un peu de temps, quelle différence par rapport à l'état d'avant ? J'ai compris que l'ego récupérait ces situations comme pour retrouver "l'état d'avant", ou un état idéal répondant à une certaine image. Et c'est là où j'ai compris qu'il y avait un vide qui cherchait à être comblé, un vide dans lequel les désirs sont récupérés, désir d'être quelqu'un, ou ce quelque chose que l'on aurait envie d'être. C'est ce qui fait que lorsque notre vie semble vide, il y a ou il peut y avoir comme une frénésie de désirs ou d'émotions, dans tous les sens, comme pour nous rappeler que nous sommes bien vivant, à l'image de ce que l'on croit être le vivant, ou comme pour se donner une consistance, une façade, un semblant de cohérence. Mais lorsqu'on ne les écoute plus, lorsqu'on laisse passer, il y a ce vide, effrayant, à travers lequel émergent toutes sortes de choses, souvent inaccomplies, ce vide que Dieu ne demande qu'à remplir, à condition qu'on Lui ouvre la porte. Ce vide où rien ne s'accroche plus.

Alors comme à chaque fois que ce genre d'observation arrive, je procède par élimination. Si les voyages ne m'amènent rien en l'état actuel des choses, je ne voyage plus pendant quelque temps, même si ça me démange. Mais ça permet au moins de pouvoir voir des éléments plus profonds, des comportements plus subtils. Privez-vous des choses qui vous font du bien, le temps nécessaire, et vous pourrez alors voir émerger des structures que vous avez du mal à voir autrement, ce que l'on cherche à fuir. C'est dur certes, mais il faut savoir ce que l'on est prêt à donner à nos aspirations les plus profondes, ou ce que l'on doit abandonner pour passer par le chas de l'aiguille. C'est un travail, et personne n'a dit que c'était facile. Le plus difficile lorsque l'on aspire à l'incarnation du Divin, c'est de se donner soi-même, dans son intégralité, dans la plus grande sincérité et honnêteté. On donne de "sa personne", au sens littéral du terme, car c'est bien "la personne" que l'on est qui est le problème, car elle est une construction, la construction qui empêche de passer par le chas de l'aiguille, c'est ce qui est figé et qui bloque tout un tas de choses. 

De la même manière, les méditations, le temps passé à méditer. C'est plus délicat, plus subtil, car d'un côté c'est nécessaire, mais de l'autre ça peut aussi être récupéré. Alors je médite moins longtemps, je laisse passer des moments sans méditer, car je me suis aperçu que certaines fois, les méditations étaient prises comme un challenge avec un objectif à atteindre, un peu comme quand je vais courir. Je passe plus de temps à flâner, ce qui me permet de capter les intentions sous-jacentes qui peuvent faire voir la méditation comme étant "une nécessité sinon je meurs, je ne suis plus moi-même". Je me suis entendu dire cela à ma compagne un jour, et ça m'a fait tilt : "si je ne médite pas, c'est comme si j'abandonnais une partie de moi-même". Je ne pensais pas cette fois-là au fait de nourrir l'âme par l'ouverture à la Lumière à travers certaines méditations, ou comme certaines fois où les forces sont tellement prégnantes qu'elles demandent une attention particulière sur l'instant. Non, c'était une réaction de l'ego qui voulait dire à peu près ceci : "ce que tu (je parle ici ce que les paroles prononcées à ma compagne signifiaient exactement) proposes est pour moi moins important que ce que je considère comme un moment obligatoire pour moi et mon devenir". Finalement, c'était "moi d'abord !", alors qu'il n'y avait rien d'urgent dans cette méditation et que passer du temps avec celle que j'aime passait à l'arrière plan, et en plus dans une configuration où "mon devenir" n'était qu'une projection dans un futur complètement hypothétique. On ne médite pas pour se projeter ! C'est un des marqueurs qui m'a fait comprendre que quelque chose était à revoir, parce qu'il y avait sur ce point précis, quelque chose de faux. Si ce mode de fonctionnement a pu donner des fruits par le passé, parce que suffisamment profond pour ne pas interférer avec l'action divine, il n'est plus adapté aujourd'hui, compte tenu de ma situation. Le Divin a pu s'en contenter, faute de mieux, et encore, mais arrivé à ce stade, si ça m'a fait comme un choc, c'est que quelque chose n'est plus aligné. Du coup je comprends mieux pourquoi les énergies rencontrées jusqu'alors n'avaient certainement pas accompli leur oeuvre : elles ne pouvaient tout simplement pas puisqu'il n'y a pas la place. Certes, si cette prise de conscience s'était produite plus tôt dans ma vie, les événements se seraient certainement produits différemment. Ca m'a fait revoir quelques événements passés où ce même type de remarques et donc de choix m'ont fait complètement passer à côté de moments importants pour ceux que j'aime. Inutile de regretter. De toutes façons l'ego nous fait passer à côté de l'amour puisqu'il s'impose comme étant prépondérant à toute autre chose, en focalisant ce qu'il considère comme vrai, aux dépens d'une réalité plus vaste qu'il n'est pas capable de voir. L'ego nous fait passer complètement à côté de notre vraie vie, car il considère sa perception de l'existence comme étant la seule réalité. Il impose son autorité, souvent avec des arguments fallacieux, incomplets voire mensongers, aussi bien aux autres qu'à nous même ! Alors en sortir demande avant tout une humilité à toute épreuve, j'ai déjà traité ce sujet, mais aussi une grande sincérité.

D'autres sujets ont émergé, des conflits intérieurs entre autres, mais aussi une façon de voir les choses un peu comme un "super héros" :) J'ai toujours été fasciné par cet univers de "méta humains", ado, c'était un moyen de m'évader, et d'une certaine façon, je me reconnaissais dans certains d'entre eux dans le fait que c'était difficile pour certains de se sentir acceptés par le commun des mortels. Avec toutes les expériences intérieures qui arrivaient, que je ne comprenais pas et qui alimentaient le sentiment d'être très différent du monde que je côtoyais, je me suis très vite identifié à l'état d'esprit de ces personnages, et c'est comme cela que j'ai pu m'enfermer très subtilement sur moi-même sous prétexte de spiritualité, en fuyant la réalité de cette enfance et adolescence compliquées, au profit d'une rêverie mentale qui a structuré l'ego d'une certaine façon. Et cela a persisté jusque finalement très récemment, où je me suis surpris à me questionner à ce sujet, suite à plusieurs séances de cinéma. Plus sérieusement, ce que je tente d'illustrer ici est une déconstruction, une déstructuration voire une déculturation de la personnalité, avec comme aspiration de creuser jusqu'au mécanisme qui fige la personnalité sur un certain mode de fonctionnement, l'ego maintenant la personnalité dans une image statique. De toutes façons, tant que ceci ne sera pas fait, à moins d'une grâce de Dieu mais je n'y compte pas, aucune expérience ne pourra être véritablement le marqueur d'une avancée significative, du moins, dans ma perception d'aujourd'hui. Le processus est long aussi parce qu'il s'agit d'une avancée dans l'inconnu, et que se découvrir autre que ce que l'on croit être est parfois déstabilisant. Dans les cas où il y a une intervention du Divin qui tente une action dans le sens de la libération, le réflexe (de survie !) est de chercher quelque chose à quoi s'accrocher, ou de retenir très fort ce que l'on tient. D'une certaine façon, on peut dire que l'ego s'est aussi approprié l'instinct de survie, pour son propre compte. Donc lâcher la peur panique de mourir lorsque l'occasion se présente, c'est au-dessus de mes moyens actuels. Pourtant, ça s'est présenté quelques fois dans ma vie, mais à chaque fois le réflexe de survie était le plus fort. J'ai beau me répéter que ce n'est qu'une fausse impression, que cette mort n'est qu'imaginaire, que tout va bien se passer, que tout est pour le mieux, qu'il y a une vie après cette mort, rien à faire, le sentiment d'existence du moi à travers l'ego prend toujours le dessus. Il y a donc encore un sérieux travail en ce sens...

Voilà un peu le genre d'avancée dont je peux témoigner en ce moment. Ce ne sont là que de petits exemples. C'est quelques millimètres face à l'étendue du travail peut-être. Et en plus de cela pour la majorité d'entre nous, et j'en fais partie, ce chemin est plus souvent une spirale qu'une ligne droite, ce qui fait qu'on repasse souvent au même endroit en revisitant des structures plus profondément. Je l'ai déjà dit mais je le répète ici, rien n'est jamais acquis et même si je me sens mieux par certains côtés, plus simple et plus libre, je sais que la vigilance et l'humilité doivent toujours être de mises car les pièges sont nombreux. Du coup, il est possible que je mette un temps ce blog en suspens. J'ai bien conscience que je peux me prendre au piège de l'autosatisfaction et l'auto contemplation en écrivant sur ce que je vis. C'est quelque chose que je dois regarder de plus près et un sujet de plus dans la pile. L'important c'est au moins que le lecteur soit au courant puisque je rends public ces éléments !

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Rédigé par Serge Z.

Publié dans #experience energetique spirituelle

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