Publié le 6 Octobre 2018

Crise existentielle

J'étais donc revenu du mont Athos, dans un hôtel confortable, avec pour (non) objectif de prendre le temps, de ne rien faire, de vivre au ralenti, mais aussi faire un peu de baignade, prendre un peu le soleil en fin de journée, pendant une petite semaine. Je voulais aussi prendre le temps d'intégrer les quelques perceptions que j'avais eues les jours d'avant, dans les différents monastères. La station balnéaire à la frontière du mont Athos est toute petite, et à cette époque de l'année, il semble qu'il n'y ait pas grand-monde. J'aime ces temps de repos, d'isolement, de recueillement. Ils me font du bien, ils m'aident à me poser et là j'en avais vraiment besoin. Ca fait quelques années que je fais cela, et c'est important pour mon équilibre. Mais ça, c'était ma réalité jusqu'à aujourd'hui.

Premier jour, dès la descente du ferry, je me rends à l'hôtel pour prendre ma chambre, prendre une douche pour aller déjeuner tout de suite après. Je m'allonge dans le lit quelques instants et je me centre dans le coeur, au fond de la poitrine. Je vois et je perçois mon coeur rayonner de la même lumière que celle perçue au mont Athos. Je suis fatigué, et mon corps est un peu tendu, mais cette lumière fait du bien au corps et à la tête. Elle me permettra de faire trois bonnes nuits, ce qui me permettra de récupérer des mauvaises faites dans les dortoirs à ronfleurs.

Milieu de semaine, je reviens de la plage tranquillement à pied, un soir, une question me vient à l'esprit : ces voyages pour aller chercher de l'énergie, autant celui-ci que les précédents, finalement, ça nourrit quoi en moi ? Parce que c'est intéressant, certes, sur plein de plans différents, mais au stade où j'en suis aujourd'hui, finalement, qui ou quoi en moi me pousse à les faire ? Je repasse en revue toutes ces années où j'essayais de sortir des mauvaises énergies et j'avais besoin à tout prix d'énergies "extérieures" saines pour m'aider dans la tâche de nettoyage et de reconstruction. Mais aujourd'hui ? Je ne dis pas que tout est réglé, j'ai encore quelques perceptions dont je ne suis pas sûr et pour lesquelles je n'ai pas encore vu d'où elles venaient. Mais ça n'a rien à voir avec ce que j'ai pu vivre. Je me sens bien, et je continue à avancer. Mais quelque chose me dérange, quelque chose qui me semble sur le coup insignifiant mais je sais très bien que si la question émerge, c'est que quelque chose de plus profond cherche certainement à se manifester. J'observe mon état intérieur pour m'apercevoir d'un léger décalage entre la pensée et le coeur. En méditant, je m'aperçois que je ne suis pas ou plus en phase avec ma vérité intérieure, c'est fugace mais suffisamment présent pour laisser cette impression se développer et observer ce qu'elle peut me révéler.

Je centre mes méditations sur ce thème, sur les impressions qui ont du mal à émerger, mais aussi sur un malaise que je ressens de plus en plus fort dans mon corps. Ca fait des années que je sens un blocage dans le ventre mais là il semble se préciser. J'ai aussi depuis plusieurs mois des douleurs dans chacune des aines, dans le bassin et jusqu'aux genoux. Je me sens comme prisonnier d'une structure qui pourrait ressembler à une sorte de gaine de fer, mais je ne vois rien, c'est plus une sensation, rien d'objectif encore là dessus. Toujours est-il que le corps semble lui aussi avoir besoin de manifester un ressenti et de faire sortir quelque chose. Mais ce quelque chose est très enraciné, vu la persistance de la douleur qui reste par ailleurs très supportable, ça se manifeste surtout la nuit et le matin juste avant le réveil. Je me promets d'aller chez l'osteo en rentrant pour voir s'il ne peut pas m'aider à exorciser ça un peu plus vite. Et sur le même principe, pour essayer de trouver des réponses plus rapidement, j'écris quelques mails, dont un à Paul (cf la kundalini), avec qui je suis resté en contact toutes ces années.

Je me doutais bien qu'il fallait que j'affronte certaines choses un de ces jours. Il y a des mensonges et des histoires mises de côté trop longtemps qui ne peuvent plus rester dans l'ombre si on est sincère dans cette démarche. Il y a des regards à porter sur soi qui doivent l'être pour pouvoir avancer, sinon on peut se mentir longtemps à soi-même et se plaindre de ne jamais avancer ou de s'imaginer avancer mais en fait on ne fait que des petits pas, et souvent en rond. Je ne suis pas dupe, c'est mon cas également. Tant que l'ego reste présent, on ne vit pas complètement sur sa vérité intérieure, il y a des images, des paravents ou des protections qui nous amènent à ne pas nous montrer sous notre vrai jour, selon les circonstances, ou qui nous amènent à nous illusionner sur soi-même et les autres. Ou à rester figé sur une image que l'on se fait de soi-même. Par exemple, je suis un idéaliste. Je vois tout, et moi-même en premier, sous une espèce de forme idéalisée enrobée d'arguments puissants pour valider cette image. Des intimes m'ont souvent reproché d'être parfois un peu à côté de la plaque, et de ne pas voir certaines situations exactement comme elles étaient. Mais même si je connais cette tendance, je ne voyais pas vraiment en quoi c'était gênant. Sauf que là, assis sur mon lit, et après, à réception de la réponse de Paul, puis ensuite avec les nouvelles intimes, personnelles, professionnelles et limites spirituelles qui me sont parvenues dans les jours qui ont suivis, je ne pouvais plus fuir, je me suis pris claque sur claque. J'ai eu du mal à me l'avouer, mais vivre en projetant cette image idéale est une illusion que je me raconte, c'est un mensonge à moi-même, ou une stratégie de fonctionnement, comme on veut. Toujours est-il que ça n'a plus de raison d'être, mais c'est tellement collé, l'identification est tellement forte que tout le travail consiste à observer et à plonger dans le coeur de ce fonctionnement. Seulement, c'est laborieux, beaucoup de choses font obstacles.

Alors je prends conscience doucement que tous les (dys)fonctionnements que je constate aujourd'hui sont en fait le résultat du passé, qu'ils sont des fonctionnements automatiques qui ne répondent plus à ce que je suis aujourd'hui. Bon, les prises de conscience ne sont pas faciles à faire, je sens bien qu'il y a comme une glu psychique qui s'accroche autant à ma tête qu'au reste du corps. Le détachement est compliqué, et je l'ai d'ailleurs remarqué depuis plusieurs années, mais sans avoir pu mettre les mots adéquats dessus. Je perçois un peu mieux comment le moi fonctionne, comment il a mis ses stratégies en place pour fonctionner, et survivre dans un monde qui m'est toujours apparu comme agressif. Et je commence aussi à m'apercevoir que ce que je vis depuis plusieurs années, ce que j'ai appelé "une régression" dans un article précédent, parce que je n'avais pas le sentiment le moins du monde de progresser, c'est qu'au fur et à mesure que l'âme gagne du terrain, j'ai comme l'impression de me réduire, et que les murs de ma prison sont de plus en plus serrés. C'est un effet induit par la Lumière qui agit par l'extérieur tant que faire se peut, sauf qu'à un moment, il faut certainement (et c'est une spéculation) que le détachement soit complet, c'est-à-dire que le moi soit vu (vu, et pas pensé ou imaginé) comme "un vieux manteau" à abandonner, pour qu'il y ait un véritable retournement. Tant que l'on est identifié à ce moi, la Lumière ne peut pas agir en profondeur. Il faut l'offrir, et alors autre chose peut naître. J'en parle comme cela aujourd'hui parce que ça me paraît clair mais peut-être que ce n'est pas ça... En tous cas, les résistances sont fortes et le moi dans ce qu'il a d'automatique (de ce que j'observe), même s'il commence à se décoller, reste quand même encore très accroché.

Mais le travail continue à se faire. Quelques jours après être rentré chez moi, j'étais dans mon lit et je sentais un mal être m'envahir graduellement. Je ne connais que trop bien ce genre de sensations. Là, j'ai lassé faire, je l'ai laissé m'envahir complètement. C'est monté jusque dans la tête, sur le coup, je voyais tout en noir : "ma vie est foutue", blablabla..sont des pensées qui me traversent, avec des sensations électriques désagréables dans le corps. Puis je me centre dans le coeur, sans me laisser emporté par ces idées noires. C'est alors que je distingue dans une vision intérieure comme un pelage noir, un truc vraiment moche. Puis la vision s'étend, je distingue des pattes, la vision se dessine de mieux en mieux; je vois des espèces d'ailes. Puis je vois comme une grosse chauve souris (je sais, une chauve souris, ça n'a pas de pelage !), mais là c'était un truc du même genre, un mixte entre un truc moche et un autre truc moche, qui forme cet espèce d'animal bizarre qui devait vivre en moi depuis bien longtemps... Et lorsque la chose s'est détachée de ma conscience, j'ai senti de la légèreté, et une joie m'a envahi. Mais peu de temps après, les murs se resserrent encore, me laissant apparaître d'autres dysfonctionnements du moi, donc quelque part une plus grande lucidité sur un certain mode de fonctionnement.

M'apparaît alors plus clairement ce problème de racine. Je sais que je ne suis pas enraciné, c'est d'ailleurs pour cela aussi que la kundalini ne peut pas s'éveiller je suppose. C'est quelque chose que je connais depuis longtemps, mais là, c'est plus clair, plus "matérialisé". Le corps me le fait sentir. Ca me provoque des maux de dos, et j'ai parfois une mauvaise circulation d'énergies dans le bassin depuis quelque temps.

Bref, je vis une période compliquée et à ce jour, je ne peux pas témoigner d'autre chose. D'autant que cette crise existentielle me met face à ma réalité, mais aussi à mes mensonges, mes illusions, à mes petites histoires, à une certaine ignorance de certains phénomènes, à une espèce de fuite en avant mais aussi et surtout à cette image à laquelle je m'accroche parfois, bref, à l'ego. Et du coup la confusion est grande car je ne sais plus ce qui est vrai ou pas, ce que je suis ou pas. Là, les remises en question sont vraiment profondes et stricto sensu, je ne peux pas vraiment dire que ce soit "spirituel". C'est un chamboulement, comme un retournement, mais c'est dur, ça s'accroche, ça résiste, c'est lourd... Je ne peux pas en dire davantage tellement la confusion est grande en ce moment. Mais quel autre choix j'ai sinon voir, intégrer et avancer ?

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Rédigé par Serge Z.

Publié dans #experience energetique spirituelle

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