jusqu'à 18 ans

Publié le 3 Octobre 2012

Jusqu'à l'âge de 18 ans j'ai vécu des expériences intérieures qui me faisaient percevoir le monde sous un angle aiguisé. L'acuité de mon esprit me rendait extrêmement perceptif et la conscience que j'avais des choses, les informations qui m'arrivaient n'étaient pas facile à assumer et à vivre.

J'avais beaucoup de problèmes relationnels. Une mère dépressive, un père absent, des soeurs plus âgées méchantes et perturbées, des psycho drames fréquents avaient stigmatisés une personnalité à fleur de peau, avec beaucoup de souffrances profondes. Les souffrances de cette famille me pénétraient comme des lames. Elles devinrent miennes jusqu'au plus profond de ma chair. Le sport était mon seul refuge mais je me sentais complètement dépassé par ce monde qui m'apparaissait comme particulièrement obscur.

J'étais un bon élève, jusqu'au collège du moins. Ensuite, quelque chose s'est comme détraqué, je n'arrivais plus à retenir, j'avais des difficultés pour réfléchir et analyser. J'entrais dans des méditations naturelles, je sentais de la chaleur dans ma poitrine, des ouvertures, un souffle qui me plongeait souvent et naturellement dans le silence et la contemplation. J'avais des visions de toutes sortes, des passages s'ouvraient vers l'univers, les rêves étaient très lumineux, conscients. Ma vision subtile me permettait de voir des couleurs ou d'autres choses,... Du coup, j'avais peu de copains. Les autres me semblaient sauvages, fermés sur eux-mêmes, lourds, stupides. J'étais sans cesse agressé, ils ne me laissaient jamais tranquille.

A 14 ans, j'avais préparé une fugue. Je voulais fuir, aller n'importe où mais ne plus me sentir envahi par toute cette obscurité et ce non sens de l'existence. Je ne supportais plus cette famille, les obligations des enseignants, cette population agressive, les mensonges affichés et ceux bien plus nombreux sous jacents à beaucoup de paroles et d'actes. Je supportais encore moins les souffrances qui me taraudaient. Ce n'était pas seulement les personnes et l'ambiance que je voulais fuir, c'était aussi moi-même.

Je suis parti avec un plan élaboré, en prétextant un stage proposé par le collège. Je suis donc arrivé à Lille, lieu suffisamment loin de chez moi pour réfléchir, et où j'ai traîné pendant une semaine pour pouvoir prendre la bonne décision. A la fin de la semaine, décidé à prendre le train pour le sud, sur le quai de la gare, une vision s'est manifestée : si je partais, je n'arriverais jamais à poser mes valises quelque part; j'aurais erré de ville en ville en portant le lourd fardeau du passé sur mes épaules. L'autre choix était de revenir, et de dépasser chaque problème, chaque difficulté, pour en faire des forces, de façon à ne plus être atteint.

J'ai bien perçu l'intelligence qui émanait de cette vision, quelque chose de profond en moi l'avait perçu. Une vibration dans ma poitrine m'a fait comprendre le meilleur choix, le choix le plus en correspondance avec cette part intérieure qui était née quelques années plus tôt. J'avais bien compris aussi qu'il ne servirait à rien de conditionner l'environnement pour en faire un monde idyllique. Non, il fallait travailler à l'intérieur de soi, il fallait dissoudre les accroches qui me rendaient la vie si pénible. Alors avec beaucoup de difficultés, j'ai appelé pour que l'on vienne me chercher. Et lorsque je suis monté dans la voiture, le fardeau s'est de nouveau fait sentir sur mes épaules et je me suis mis à pleurer toutes les larmes de mon corps. L'enseignement était clair : quel sens cela a-t-il d'emmagasiner des problèmes toute sa jeunesse pour vivre avec et les subir tout le reste de sa vie ? La solution n'était donc pas la fuite, mais l'affrontement.

Revenu chez moi, quelque chose avait changé dans ma façon d'appréhender les évènements de l'existence. Je me suis mis à répondre à des gens qui avaient le dessus sur moi, à riposter aux attaques qu'on me lançait, et j'étais décidé à ne plus subir. Mais je sentais bien tout ce qui me pesait, tout cet intérieur en friche dans lequel il fallait travailler. Les visions et les informations continuaient d'arriver. Un jour, appuyé contre un mur, j'entends une voix qui me demande : "(ta vie, tu la veux)* facile ou difficile ?". Comme j'en avais assez de vivre des choses compliquées, ingérables, j'ai répondu intérieurement "facile, comme tout le monde", je voulais une vie comme tout le monde. La voix m'a répondu "tu n'es pas prêt", et presque du jour au lendemain, tout s'est arrêté.

 

(*) dans une citation, les paroles entre () correspondent à des paroles pas vraiment entendues mais dont la signification ne fait aucun doute. J'aurais peut-être l'occasion de revenir là-dessus.

Publié dans #preliminaire

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