Le mensonge et ses dégâts

Publié le 19 Mars 2021

Le mensonge et ses dégâts

On ne s'imagine pas forcément dans quel gouffre d'obsurité peut nous plonger le mensonge, quel que soit sa forme, et qu'il soit petit ou grand, et quels dégâts il peut causer sur notre développement intérieur. C'est un fléau qu'il faut bannir du plus profond de soi pour espérer pouvoir retrouver un semblant de lien avec Dieu, et ensuite pour construire notre âme et incarnation divine. Je vais évoquer ici principalement les impacts que celui-ci peut causer sur nos différentes structures et comment il peut se propager de façon insidieuse dans nos relations. Mais il me semble important de commencer par un engagement à prendre d'abord vis-à-vis de soi-même, et ensuite vis-à-vis de Dieu.

L'engagement premier est celui de la Vérité, et de la vérité vis-à-vis de soi-même surtout. Dans un chemin spirituel, avec l'humilité, ça devrait être le postulat de base. Car le mensonge divise et crée de ce fait des conflits intérieurs. Il fragmente notre conscience et crée des fractures qui nous alourdissent, nous entraînent dans une spirale infernale jusqu'à nous faire devenir un ersatz d'humain. Donc pour espérer trouver ou construire une unité intérieure, il est impératif de prendre l'engagement de traquer le mensonge partout où il se cache. Et idéalement, c'est par le Coeur que ce travail se fera de façon la plus sereine. Alors la première vérité à s'avouer est que l'on est menteur, je ne peux pas dire, par nature, mais plutôt par héritage. Car je ne crois pas que ce soit la nature intrinsèque de l'Homme d'être dans le mensonge. Je crois plutôt qu'il s'est fait empoisonné et que sa naïveté originelle, ou sa candeur, s'est trouvée prise au dépourvu, en acceptant une information erronée sans avoir les moyens de déterminer le vrai du faux. Ici, je ramène le premier mensonge à l'humanité adamique en Eden, qui est le point de départ de deux choses : l'histoire de l'être humain tel qu'on la connaît aujourd'hui, et par extension, le démarrage de ce qui constitue la conscience actuelle de l'être humain. 

Je ne sais pas si le développement de l'être humain aurait pu être différent. L'humanité de l'époque n'avait pas de conscience, ou en tous cas pas la conscience-moi telle qu'on la connaît aujourd'hui. Comment Dieu aurait-il procédé pour faire comprendre la notion de bien et de mal sans passer par l'expérience de ces notions ? Comment aurait-il procédé pour renforcer et "blinder" l'humain contre le mensonge sans en faire l'expérience ? Je ne sais pas. Toujours est-il que c'est en intégrant notre part de mensonge et d'ombre que nous nous fortifions face à celui qui peut nous arriver de l'extérieur, et que grâce à ce travail, notre unité intérieure se construit, ou se retrouve, tout dépend du point de vue. A moins, et c'est en partie la réponse à la question précédente, qu'une des qualités intrinsèques de notre âme soit justement de détecter le mensonge là où il est. Alors on part dans la vie avec "une antenne" qui permet de détecter le vrai du faux, ce qui est une aide, bien que ça ne rende pas la vie plus facile pour autant. Et même si on a cette antenne tournée vers l'extérieur, il faut surtout la tourner vers l'intérieur. Et toute la difficulté du travail se trouve dans cette démarche.

Déceler le mensonge lorsqu'il est extérieur à soi, c'est encore faisable en s'en donnant la peine. Je ne parle pas d'informations erronées ou de tromperies caractérisées. Il est facile de comprendre qu'à partir du moment où chacun d'entre nous prenions l'engagement de la vérité, il y aurait de moins en moins de tromperies. Ce que nous vivons en ce moment avec la pandémie est suffisamment explicite pour s'apercevoir que nous sommes pris en étau dans une farandole de mensonges et contrevérités. Je parle ici surtout de celui, insidieux, que l'on peut lire sur le visage de nos proches ou de nos relations en général, et donc aussi de celui qui se tapit en nous. Car il me semble que plus la personne est proche de nous, moins il est facile de faire preuve de discernement, car trop de nous peut être engagé dans la relation. Les visages se figent en masques de cuir. Les corps se contorsionnent. Les yeux divaguent. Les énergies changent sur l'instant. Ce sont des micro attitudes qu'il peut être aisé de discerner avec un regard et une sensibilité un peu entraînés. Pour peu que l'on soit un peu empathique, on peut aussi ressentir les blocages qui se produisent dans le corps de la personne en face ou la fermeture de coeur que le mensonge entraîne. Plus profondément encore, celui-ci peut structurer notre conscience de telle manière qu'il peut entraîner des maladies physiques ou psychiques.

Et évidemment, c'est aussi le cas en nous lorsque le mensonge saute comme une puce du mental sur la langue. Car la plus proche personne de soi, c'est soi-même. Parce que nous ne sommes pas en unité, nous établissons une relation avec soi-même presque de la même manière que nous pouvons établir une relation avec quelqu'un d'extérieur. Et donc les mécanismes de fuite ou de mensonge sont quasiment les mêmes que ce soit envers soi ou envers les autres. C'est peut-être difficile à déceler dans un travail de pure connaissance de soi. A moins d'être aidé soit par une énergie divine, soit par un autre être humain, encore faut-il faire acte d'humilité et d'acceptation, et arrêter de s'illusionner sur nous-même en s'engageant à être honnête et sincère avec soi-même. Car "la Vérité nous libérera", comme l'a dit le Christ. Bien sûr, on peut toujours se dire que "mentir, c'est mal", comme on peut le dire à nos enfants. Sauf qu'un enfant sait lorsqu'on lui ment, non pas forcément avec des mots, mais une structure se forme dans sa conscience qui va venir dysfonctionner quelque chose en lui. Intuitivement, il le perçoit, même s'il va presque automatiquement mettre cette perception de côté et se construire une "raison" autre, pour ne pas couper le lien avec l'adulte. Et par voie de conséquence, il va à son tour devenir un adulte dysfonctionnel, plus ou moins. Imposer un jugement moral ne garantit pas que l'on mettra en oeuvre le fonctionnement inverse. Et le risque, c'est de s'enfermer dans des non-dits et de ne plus faire circuler les énergies du tout. Alors notre conscience risque de s'alourdir encore davantage et de ne plus trouver de moyen pour en sortir.

La difficulté de notre monde est que l'on peut trouver mille excuses pour proférer des mensonges, que l'on nommera parfois contre vérités, ou que l'on qualifiera de petits ou grands, acceptables ou non. Le problème n'est pas là. La première chose à déterminer à mon sens est de savoir pourquoi on en arrive à de tels comportements, ce qui fait de nous des êtres non authentiques, voire faux jusqu'à carrément vicieux, trompeurs ou manipulateurs lorsque ceci est devenu délibéré. Alors sans vouloir établir de hiérarchie, et sans être exhaustif, il faut reconnaître les différentes typologies de mensonge et pourquoi on les maintient en nous. 

On peut d'abord vouloir sauvegarder l'image que l'on a de soi, pour soi-même, ou celle que l'on veut donner aux autres. On a tous des choses en nous que l'on n'a pas envie de montrer à l'extérieur. Mais on ne peut pas qualifier vraiment cela de mensonge. Ce qui fait la différence, c'est la conscience que l'on a des mécanismes du moi. Si on se raconte des mensonges pour se faire croire que l'on est quelqu'un que l'on n'est finalement pas, on peut se demander pourquoi poursuivre dans cette direction : pour préserver une image, une position sociale, un pouvoir sur les autres ? Prenons par exemple une mère qui ne se sent pas à la hauteur mais qui veut faire bonne figure vis-à-vis de ses enfants. Leur rend-elle service en singeant des comportements de "bonne mère" ? Quels seront les impacts chez les enfants ? Dans le domaine professionnel, c'est assez fréquent de voir un manager raconter des mensonges pour garder sa position de hiérarchique. Est-ce que ça rend service à l'entreprise ? Quels messages cela envoie aux collaborateurs ? On peut mentir ou s'illusionner sur soi pour avoir une gratification de l'employeur qu'un coin de nous sait que ce n'est peut-être pas mérité mais tout un tas de mécanismes entretront en jeu pour justifier tel ou tel comportement ou notre faux mérite. On peut aussi citer le compromis qui est une forme peut-être plus amoindrie d'un mensonge que l'on pose sur une situation car celle-ci nous apporte un plaisir ou une reconnaissance qui redore notre blason.

Alors, que l'on garde une certaine pudeur, soit, si tout le monde déballait tout sur la place publique, l'ambiance serait nauséabonde. Il faut aussi relativiser. Incarner la vérité, c'est déjà s'aligner avec la vérité de son être, mais ce n'est pas forcément tout exprimer à n'importe qui. Il s'agit déjà de se connaître avec suffisamment de détails et d'accepter notre nature, ce qui est le premier pas d'une transformation. Accepter est une chose, mais se contenter de ce que l'on est n'est pas suffisant si l'on veut arpenter un chemin spirituel. L'effort consiste à remonter à la source, en traquant les mécanismes de création du mensonge, puis ensuite d'intégrer la source. D'ici là, mieux vaut "tourner 7 fois sa langue dans sa bouche" avant de s'exprimer, ce qui est un sage conseil de la sagesse populaire. Mais on peut aussi mentir pour se défendre en cas d'une attaque personnelle par exemple, et certains utilisent ce stratagème pour faire bonne figure ou ne pas se sentir atteint. Sauf que c'est toujours l'égo qui cherche à garder l'image en place, et donc à sauvegarder les apparences, même s'il est blessé dans son orgueil. L'être lui, prendra suffisamment de recul pour écouter l'information, baisser la tête, méditer sur celle-ci et acccepter un changement le cas échéant pour adopter l'attitude juste par la suite. C'est d'ailleurs comme cela que la conscience se transforme petit à petit en une nouvelle conscience. Sinon, eh bien, on s'enfouit dans des épaisseurs de ténèbres de plus en plus importantes et on finit par mourir à soi-même, mais dans le mauvais sens du terme.

Certaines vérités font mal, parfois très mal, et plus l'on plonge dans le vital, plus il peut être difficile de dégager le vrai du faux, parce que l'on sera dans le déni ou dans une impossibilité de se détacher suffisamment de nos émotions et sentiments pour regarder la réalité en face. Si par exemple une de nos croyances est erronée, il peut déjà être difficile de s'en défaire, selon le niveau où elle a structuré notre vie. Mais si une base de notre vie se retrouve fausse, par exemple l'amour que l'on ne veut pas voir comme toxique de notre propre mère, ou une valeur qui peut ne pas en être une, ou un exemple malsain acquis pendant l'enfance sans qu'il soit remis en question,...alors le choc peut être tel qu'il faudra du temps pour être accepté. Or, tant que ces prises de conscience ne sont pas arrivées, nos comportements et attitudes seront toujours empreints d'une certaine dose d'erreurs.

Alors c'est vrai que parfois la frontière est mince entre l'erreur et le mensonge. Une erreur devient un mensonge lorsque l'on sait que c'est une erreur, mais que l'on se fige sur celle-ci en la prenant pour une vérité, pour notre vérité. On est alors en pleine mauvaise foi, qui est une manière dont l'ego utilise abusivement le mensonge pour sauvegarder son image ou son influence. Dans combien de familles on sait que la père ou l'oncle ou le beau père ont été violents ou abusifs, mais combien ça peut faire mal (à certains) de mettre à jour ces vérités. Sauf que l'on voit bien à quel point les victimes peuvent se sentir libérées de ces mensonges portés par une famille entière lorsqu'elles s'ouvrent à la vérité et à la parole. Quant à l'hypocrisie, je ne sais pas si c'est le pire des mensonges, mais il est certain que c'est un poison pour soi et les autres.

Alors maintenant que nous nous engageons sur le chemin de la vérité, que nous sommes prêts à regarder notre réalité en face, alors seulement Dieu peut nous accompagner dans la recherche de nos mensonges, et les mettre en lumière. Fini de tricher, séduire (car séduire, c'est mentir) ou manipuler, le mensonge a fait de l'Homme et du monde un monde compliqué et souvent malsain, ou de plus en plus d'âmes se sentent mal ou pas à leur place. Il est important de retrouver de la droiture, de l'honnêteté, de la simplicité d'être, de l'intelligence, de l'authenticité, de la confiance. Nous ne sommes pas parfaits, et nous ne le serons pour ainsi dire jamais, mais ça ne nous empêche pas de tendre vers ces qualités dont le monde a plus que jamais besoin. Pour ceux qui auraient tendance à croire que ça nous ferait entrer dans un monde de bisounours, soyez conscient que l'Homme qui se redresse de sa chute devient plus fort que celui qui n'a jamais chuté. On peut donc dire que le monde dans lequel on se trouve est une opportunité pour devenir plus fort intérieurement que jamais, compte tenu de tous les défis que nous avons à relever. Ce monde a besoin de forces d'âme pour se relever, et relever le défi de la Vérité est une grande possibilité de s'en créer une. Et donc non, on ne créera pas un monde déconnecté d'une certaine réalité que l'on aura traversée. Mais au contraire, on se souviendra que la sagesse acquise l'aura été au prix d'une somme d'efforts cumulés non négligeables, menés par des héros anonymes. 

  

Rédigé par Serge Z.

Publié dans #connaissance de soi

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