Les peaux qui tombent

Publié le 17 Janvier 2020

Les peaux qui tombent

Marcher vers la transformation intégrale, c'est se départir régulièrement de toutes les peaux qui nous recouvrent. Chacune a ses spécificités, ce n'est jamais chose facile mais c'est toujours libérateur. Le problème, c'est que l'on y tient à nos peaux, on s'en est habillé au point d'avoir recouvert notre réalité de lambeaux de vieux mécanismes ou de vieux vêtements délabrés. Et on vit là-dedans, comme des mendiants, prenant nos mirages pour le Réel, prenant nos succédanées de vies comme la vraie Vie, alors que c'en est à peine un pâle reflet, prenant notre obscurité comme la seule chose existante. On en est même venu à considérer la Lumière comme un danger, car elle nous expose, tellement éloignée de notre nature actuelle que nous ne savons plus la reconnaître dans Ses oeuvres. C'est la peur qui a pris Sa place, ces peurs si profondément enfouies qu'elles structurent tous nos comportements ou presque. La peur peut tellement nous tétaniser que l'on peut en devenir léthargique, ou dans un autre cas, on en deviendra tyrannique tellement on voudra contrôler, tellement le lâcher prise, l'ouverture à l'inconnu et la confrontation à l'Altérité divine nous terrifient. Car Dieu est à la fois l'Autre, mais aussi ce Soi inconnu à notre conscience.

La première difficulté, c'est de voir tout cela, de vivre cette prison dans sa chair, et de ne pas en être satisfait. Ensuite, il faudra se dévêtir, se départir de nos peaux dont on prendra conscience qu'elles sont lourdes et obsolètes, écrasantes d'un poids que l'on ne supporte plus et que l'on ne veut plus porter. Mais elles collent à l'âme et l'obscurcissent. Alors il faudra laisser passer la Lumière pour se nourrir de Sa Force et de cette autre vibration qui nous fait ressentir un subtil parfum de la Vraie Vie, pour se donner de nouvelles forces, des forces d'âme. D'abord s'agenouiller dans l'humilité, ne plus agir de notre propre volonté, et laisser cette Autre dimension agir au-delà de ces peurs irrationnelles qui surgissent du tréfonds de notre obscurité, pour se laisser porter vers des horizons inconnus et vers un autre nous-même.

Jusqu'à présent, la Lumière travaillait plus ou moins du haut vers le bas, à partir du Coeur, et du plus extérieur vers l'intérieur, en décristallisant les structures les plus proéminentes, au fur et à mesure de sa pénétration dans la conscience et les énergies.
C'est du moins ce qu'il me semblait percevoir dans mon corps jusqu'alors, elle semblait suivre ce chemin logique, en tous cas logique selon les étapes successives que je ressentais. Les derniers événements que j'ai pu notés se situaient dans la région du pubis.

Et puis il y a quelques semaines, une porte s'est ouverte et depuis je ne comprends plus grand-chose. J'ai intégré un élément lié à l'enfance, un aspect que j'ai relié à quelque chose vécu vers 3/4 ans. Puis ensuite je me suis aperçu que je n'avais pas tant progressé que ça sur certains plans. L'affect est encore très sollicité et vit pas mal de perturbations. L'affect, parfois ce diable que l'on porte en soi et qui nous prend par surprise, parfois ce théâtre de marionnettes qui nous illusionne sur notre état de vie, parfois encore cette mer sauvage qui déborde sous l'effet de la moindre bourrasque. Plus prosaïquement, c'est aussi dans ma relation à la femme qu'il se joue, mais aussi de façon subtile dans ma relation à la spiritualité. Je crois pouvoir dire que je viens de me rendre compte que ma relation à la spiritualité est en partie affective, ce qui prend du sens avec ce que j'ai intégré lié à l'enfance, puisque c'est aussi dans l'enfance que cette dimension spirituelle s'est révélée. L'enfant y a trouvé là une sorte de Parent, ou du moins souhaitait y trouvé le parent solide, affectueux, aimant et attentionné que la vie terrestre ne lui a pas apporté. Alors il y a eu mélange des genres, et j'ai mieux compris pourquoi je faisais jouer un rôle de parent aux instructeurs spirituels vers lesquels je me tournais, un peu comme une délégation sur Terre du Parent divin que je voulais tant retrouver au Ciel. Mais la relation à Dieu n'est pas dans l'affect, elle est dans le Coeur, et c'est ça que je regarde aujourd'hui. Dans l'affect, on est deux, or Dieu demande que l'on soit Un !

Forcément ça bouscule. Du coup le travail ne semble plus être dans le bassin, on dirait que c'est remonté dans le ventre, alors que je croyais avoir dépassé pas mal de choses liés à l'émotionnel, et à l'affect justement. Il y a 4 ans, pendant quelques semaines, des douleurs sourdes se sont manifestées dans le ventre et après plusieurs séances de travail et de concentration, j'avais vu un paquet de choses partir. Je la fais courte. Ce que je vis maintenant n'est pas du même ordre, mais c'est tout autant déstabilisant, parce que je peux dire qu'il y a quelque chose qui est en train de se casser, une image ou plusieurs images peut-être, des croyances, une forme de relation à la femme car j'ai souvent assimilé ma relation à Dieu à ma relation à la femme, mais aussi dans ma relation à l'autre, et donc également dans ma façon de vivre la spiritualité, difficile à décrire encore avec précision tout ça. Ca ressemble à une peur qui est au fond, et qui tient "l'édifice" sur des bases qui me paraissent de moins en moins solides. C'est compliqué à vivre, ça génère pleins de fuites, de grosses difficultés à me centrer, pas envie de voir ça, ça résiste, mais en même temps ça me travaille de plus en plus... Je me sens de plus en plus loin de ce que je ressens le besoin d'incarner, parce que forcément l'enfant se projetait, il voyait son avenir dans une forme de lumière apaisante et rayonnante. Or ça s'effondre, un mal pour un bien je le sais. Mais c'est dur. C'est dur pour l'enfant qui croyait qu'il n'y avait que comme cela que ça pouvait marcher, comme ce qu'il avait cru. Ses croyances se dissolvent, comme lui s'éloigne. Paradoxalement, je n'ai pas envie de lâcher parce que ce que je vois c'est que toute ma vie repose sur cette manière de vivre dans le monde. J'ai de nouveau mal au ventre, d'ailleurs j'ai pris quelques kilos (je vieillis aussi...), il semble ne plus y avoir de logique au travail intérieur, mes yeux s'embrument et je ne comprends plus grand-chose, car une partie de moi était encore cet enfant en quête d'amour. Je le distingue mieux aujourd'hui. D'ailleurs la Lumière travaille-t-elle encore vraiment ? Bien sûr que oui, arrête d'avoir peur, accueille la. Bref, ça semble s'écrouler d'un côté mais ça résiste de l'autre. Et je n'arrive pas à lâcher.

Et encore une fois quelque chose pleure et a envie de crier, mais cette fois je n'ai plus envie de rentrer dans ce genre de comportements. Au passage pendant les stages je n'étais pas capable ni de voir ni de ne pas rentrer dans ces comportements. J'ai honte et je m'en excuse. C'était plus fort que moi, incontrôlable. Lorsque les attaques ont été terribles, j'appelais à l'aide si fort, mais qui appelait vraiment à l'aide ? Qui en avait assez de vivre depuis tout ce temps ces difficultés que l'existence n'a jamais arrêté d'amener ?Je comprendrai certainement pourquoi quand je verrai la structure en cours de libération, mais ça me colle à la peau, ça veut pleurer et crier et se lamenter encore et encore... Sauf que maintenant, j'ai envie de passer à autre chose, j'étouffe dans ces comportements, je sais qu'il y a autre chose à réaliser, mais c'est comme si tout était à jeter, qu'il n'y avait rien de valable dans ce que je suis qui mérite de rester. Je ne sais pas si j'aurai la force dépasser ça. Ca me semble une montagne, et je me sens si dépourvu, sans force.

En fait oui j'ai peur, de quoi je n'en sais rien. Je suis juste pétri de peurs, peur de ne pas être à la hauteur de ce que Dieu attend, peur de vivre aussi, peur de l'agression, peur d'aimer et d'être aimé. Ca au moins c'est sûr, peut-être aussi pour cela que mon rapport à la femme est si "prudent".
Bref, c'est tellement déstabilisant que je ne sais même pas si je suis encore dans un travail spirituel ou pas, si j'invente une situation dramatique pour nourrir une partie malade, ou si ce sont mes carences affectives qui sont simplement en voie d'être guéries, pour un avenir autre.

C'est compliqué de changer de peau. Et ça fait tellement longtemps que toute cette obscurité aurait du être guérie d'abord puis dépassée ensuite. Je me suis peut-être lourdement trompé par rapport au chemin que j'ai pris. J'aurais peut-être du mener les choses autrement. Et je vieillis et ça m'effraie de voir que je patauge encore autant dans des trucs qui apparaissent aussi puériles... C'est compliqué lorsque ce besoin d'amour se confond avec cette quête de l'Amour. Dieu ne peut pas nous apporter l'amour terrestre, c'est à nous de le trouver et de le conjuguer. Dieu nous emmène vers d'autres rivages, seulement lorsque nous n'avons plus rien à trouver en ce monde. C'est alors que s'ouvrent d'autres horizons, des horizons d'un Amour autre.

Rédigé par Serge Z.

Publié dans #experience energetique spirituelle

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