Synthèse vs syncrétisme

Publié le 29 Décembre 2012

Synthèse vs syncrétisme

Le formateur Reiki se disait "chercheur de vérité". En rencontrant le Reiki, et grâce à cette personne, je rencontrais des groupes de chercheurs et je m'ouvrais à ce que les uns et les autres avaient découvert ou expérimenté chacun de son côté au cours de leurs périgrinations. Moi qui n'étais qu'un autodidacte, particulièrement novice en la matière, et ignorant de ce qui pouvait exister d'autre que le peu que je connaissais, j'avais, par les rencontres que je faisais grâce à lui, de multiples occasions d'apprendre et de m'ouvrir à d'autres enseignements, d'autres pratiques et d'autres énergies.

L'activation de la kundalini suscitait pas mal de curiosité autour de moi. J'étais moi-même dans un état de soif de connaissances et d'explications que je ne me connaissais pas, du moins pas à ce point. Je sentais bien que mon état était un état intermédiaire, et qu'il fallait que je l'approfondisse. Mais je ne savais pas comment. C'est là que le formateur m'apprit qu'il était attaché à un groupe de tantrisme shivaïte du Cachemire, et que les pratiques de ce groupe allaient dans le sens de l'ouverture et l'éveil de la kundalini. Il m'offrit donc de partager ses lectures et me proposa d'aller rencontrer le maître du groupe en question.

J'achetais donc la littérature proposée. Il s'agissait de thèses sur des stances de la littérature indienne, telles le spandakarika ou les hymnes à Kali. J'étudais tant que faire se peut ces études mais je n'accrochais pas, parce que cette connaissance n'était que mentale, donc sans vie. Il me fallait un échange, que je puisse poser des questions, travailler et méditer sur les réponses... J'étais impatient d'aller rencontrer ce maître que le formateur me décrivait comme ayant traversé des épreuves de tout genre et qui avait atteint l'état d'éveil après des années de pratiques. Je lisais de l'admiration dans ses yeux, une certaine dose de mystère, mais aussi beaucoup d'orgueil d'avoir été choisi comme un de ses disciples.

Le WE en question arriva. Nous devions nous rendre à Paris où le maître tantrique avait son local. Une méditation était organisée. Le groupe de voyage était constitué du formateur Reiki, d'un ami à lui déjà initié aux pratiques tantriques, d'une personne du groupe Reiki qui voulait m'accompagner et moi-même. J'avais sympathisé avec cette personne parce que, comme moi, elle était en recherche de pureté, de transcendance, d'absolu. Une relation de coeur s'était établie avec elle, nous étions sur la même longueur d'onde, pour ainsi dire. Je l'appellerai Marie.

Donc nous arrivons dans le 14ème arrondissement et nous installons dans cette salle de méditation. La maison devait être un ancien commerce, il y avait deux grandes baies vitrées de chaque côté de la porte, des immenses rideaux écrus tamisaient la lumière. On entrait dans une grande salle dont le sol était tapissé d'un tapis de chanvre. Au fond de la pièce, un grand rideau de velours cachait une immense bibliothèque. Face à la porte, on pouvait voir la cuisine et une rambarde laissait présager un escalier qui descendait dans un sous-sol. La déco était sobre, les murs étaient peints en rouge.

Nous nous installons dans le seul canapé trois places de la pièce, placé à côté de la bibliothèque en attendant que d'autres personnes arrivent. Du sous-sol, on entendait de grandes repirations, et parfois quelques hahanements suggestifs... Marie et moi-même n'étions pas très à l'aise, on se demandait où on était tombé. Sur ces entrefaits arrive un couple, d'une trentaine d'années environ. Nous nous saluons, ce sont des habitués du lieu et aussi des disciples du maître qui se sont immédiatement rapprochés du formateur Reiki pour discuter. Puis contre toute attente, avant de s'installer, ils retirent tous les deux leur pantalon ! Marie et moi nous regardons interloqués. Pas le temps de se poser trop de questions que l'on voit monter un personnage du sous-sol, avec un vieux tee shirt élimé, en pantalon léger, les mains grasses. En fait, la salle du sous-sol était une salle de massage d'où l'on a vu sortir une jeune demoiselle dénudée quelques instants plus tard. Le personnage en question était le maître tantrique qui remontait se laver les mains après une séance dont on a appris qu'il s'agissait d'un massage. Une fois le maître apprêté, il revint dans la salle de méditation pour saluer chaque personne présente.

Il embrassa le formateur Reiki qu'il connaissait par son prénom, le couple sans pantalon qu'il prit chacun dans les bras, quelques autres personnes qui étaient entrés et que je n'avais même pas remarqué, puis il s'approcha de Marie et enfin me prît dans les bras en me souhaitant la bienvenue. Tout le monde semblait très heureux, Marie était mal à l'aise et moi je me sentais électrique. Le maître était un grand gaillard, assez corpulent, très sûr de lui avec un regard bleu perçant. Je sentais une certaine puissance émanant de lui, et dans le subtil, je voyais beaucoup de pourpre autour de lui, une ambiance de sang. Le formateur Reiki lui avait parlé de moi et de la raison pour laquelle je souhaitais le rencontrer. Il m'assura d'un entretien après la séance de méditation.

Nous nous installons donc pour méditer, le maître était sur un piédestal au fond de la salle, nous étions assis face à lui par rangée de 3 à 4 personnes. La salle était pleine. J'avais mal aux genoux sur le tapis de chanvre. Il n'y avait pas d'indications, on était livré à nous-même pour méditer. J'essayais donc de trouver une posture qui m'assurait une certaine intériorité. Le maître s'assit sur son estrade et ferma les yeux. L'ambiance était dépaysante, d'une certaine façon, j'y trouvais mon compte. La méditation par contre, était un vrai supplice. Le couple sans pantalon était proche de moi, j'étais perturbé par cette jeune femme plutôt jolie et peu vêtue que j'entendais respirer bruyamment derrière moi. La jeune fille qui sortait de son massage était également présente et elle aussi ne s'était pas rhabillée, elle était en nuisette. Le formateur Reiki semblait aux anges, en tous cas dans son élément. Les autres personnes essayaient de s'intérioriser mais je voyais bien que je n'étais pas le seul à avoir mal aux genoux... Au bout de 20 minutes environ, le maître se leva et s'approcha de moi. J'entendais qu'il récitait un mantra et ce faisant, me toucha le front, puis les épaules, le coeur, et les genoux et enfin posa sa main sur ma tête. A ce moment-là, je sentis comme un voile s'enlever de moi et s'envoler, un voile qui aurait épousé le contour de mon corps. Le maître retourna s'asseoir. Je terminais la méditation plus sereinement que je ne l'avais commencée. Cette première séance se termina et après une pause, nous entamons une seconde séance. Vint ensuite une période de questions/réponses puis le moment de l'entretien. Je lui racontais brièvement mon histoire et lui demandais comment faire pour aller plus loin dans le développement de l'énergie. Sa seule réponse était de continuer le travail avec lui car, selon lui, il faut un maître qui a déjà accompli sa kundalini pour que le travail soit mené à son terme... Mouais... La journée se termina par une séance d'embrassades, tout le monde se prit dans les bras, le couple remit son pantalon et tout le monde prit congés. Sur la route de retour, le formateur Reiki me dit que l'initiation que j'avais reçue, lui l'avait attendue pendant presque 3 ans...

J'avoue que continuer le travail avec ce maître tantrique était une idée alléchante. Ma nature vitale se sentait totalement emballée à l'idée moi aussi d'aller retirer mon pantalon et le reste pour aller tester les autres pratiques dont le formateur et son épouse me parlaient tant. Je n'y suis jamais retourné mais j'ai tout de même pratiquer le massage tantrique avec l'épouse du formateur Reiki. Son mari et elle continuaient leur formation avec le maître, et moi je profitais indirectement de leur travail. Seulement, j'avais compris et ressenti qu'au travers des enseignements du Reiki, le formateur faisait également passer des enseignements du tantrisme. Or les deux n'étaient pas cohérents, et c'est ce que la colère qui était montée en moi était en train de m'apprendre. La pureté des enseignements du Reiki était entâchée par des enseignements d'un autre genre, que je connaissais désormais, et qui n'avaient rien à voir avec les pratiques japonaises enseignées initialement dans le Reiki. Il y avait tromperie, voire mensonge. Ce que le formateur appelait "synthèse d'enseignements" n'était en fait qu'un melting pot de paraphrases ajustées entre elles, issues de sources totalement incompatibles entre elles. Or, ce démasquage faisait que ce n'était plus tolérable pour moi. Cette intolérance n'était pas vécue au niveau intellectuel, ni même au niveau vital (au contraire mes bas instincts ne demandaient qu'à aller s'exprimer là, puisque c'était sous couvert de spiritualité), mais à un niveau plus profond de l'être pour qui, dans son essence, cet amalgame n'était pas supportable. Certes, les enseignements étaient subtils, il était difficile de faire la part des choses entre le vrai et le perverti, D'ailleurs, sans cette expérience, je serais resté moi aussi dans une grande confusion. Mais quelque chose en moi me faisait savoir qu'il y avait là quelque chose de trompeur. Au-delà des enseignements truqués transmis par le formateur Reiki, les énergies véhiculées par les enseignements n'étaient pas non plus compatibles entre elles. A tel point que parfois, lors de WE Reiki, nous nous sentions pris dans des énergies qui nous amenaient à nous frotter les uns contre les autres, à nous caresser et les séances de soin par imposition des mains pouvaient tourner à des pratiques plus sensuelles. Je sentais que nous aurions pu glisser plus bs encore, mais je me suis toujours arrêté avant.

Nous étions plusieurs du groupe Reiki à avoir été entraînés dans la mouvance tantrique, certains plus longtemps que d'autres, d'autres encore étant très facilement attirés par les pratiques sensuelles et sexuelles de cet enseignement. Et ceci transparaissait de plus en plus à travers les pratiques Reiki. Or, si une partie de moi voulait plonger dedans, une autre partie plus profonde me tirait des sonnettes d'alarme. Et c'est la colère qui boullait en moi qui m'a sorti de là. Cette colère était en définitive un appel à la lucidité et à une autre forme de travail.

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