Les drames de l'existence

Publié le 20 Août 2019

Les drames de l'existence

Lorsque l'on parcourt un chemin spirituel, on peut ne pas savoir comment faire face tout le temps à la complexité des relations humaines et ce qu'elle peut nous révéler en termes d'émotions, de peurs, de désirs inassouvis, de ressouvenances douloureuses,... On peut aussi bien être dépassé par les drames de l'existence : le décès d'un proche, une séparation, la ruine, un licenciement, une maladie grave, une agression... bref, tout ce qui constitue l'expérience humaine que l'on porte en soi ou ce que l'existence met sur notre route peut à tout moment nous submerger. Sous prétexte d'être sur un chemin de paix, d'amour, de don de soi ou de je ne sais quoi d'autre, l'ego peut vite se parer de masques, intérioriser des problèmes ou simplement ne pas se permettre de reconnaître les structures qui composent sa personnalité et qui entrent en jeu dans ce genre de situation. Et lorsque les tensions sont extrêmes, que ce soit en soi ou dans nos cercles de vie, peuvent alors éclater des drames, intérieurs ou extérieurs, générés par toutes les formes d'inconscience que l'on n'a pas su démasquer auparavant. Sauf que lorsque cela arrive, cela peut mettre par terre tous les bienfaits que nos pratiques nous ont apportées ou simplement venir en conflit avec l'image de soi ou du monde que l'on avait soigneusement élaborée. Dans la suite de l'article, nous nous plaçons dans un contexte de transformation intérieure pour voir comment tirer partie de ce genre de situation malgré tout.

Avant toute chose,  je tiens à signaler que l'objectif n'est pas de les provoquer pour mieux se connaître. On peut faire autrement, et heureusement. Certaines personnes arrivent à y échapper pendant une grande partie de leur vie mais se retrouvent dépourvues lorsqu'elles y sont confrontées, dans le milieu personnel ou professionnel. Quelqu'un de ma famille était une femme remarquable à bien des égards. Elle était de bon conseil, aimante, toujours prête à porter secours. Et puis un jour, après 50 ans d'un mariage heureux, son mari est décédé et son monde s'est écroulé. Elle a contracté une maladie fulgurante et a fini sa vie avec un Alzheimer incurable. J'étais jeune, très peiné de ce changement soudain et cette expérience m'a beaucoup interrogé sur la structure véritable de l'être humain, et sa résilience (même si le terme n'existait pas à l'époque). C'était à l'époque très déstabilisant de constater cette fragilité alors que nous l'avions toujours connu forte et souriante. Ce n'est qu'un exemple parmi tellement d'autres. Certaines personnes vivent dans des situations dramatiques depuis le début de leur existence et soit elles sont blasées, ce qui démontre un ego renfermé sur lui-même et faussement détaché, soit elles sont apathiques, ce qui démontre une perte totale de vitalité, probablement due au fait que toute leur énergie a été dilapidé dans ces situations. Heureusement, il est possible de traverser ces événements en grandissant, même si on baigne dedans depuis le plus jeune âge. L'idée de cet article, c'est de décrire comment les éviter autant que faire se peut, ou s'ils n'arrivent, comment les dépasser pour qu'il ne reste aucune trace de souffrance. 

Toute épreuve de l'existence est un événement intéressant dans le contexte d'une transformation intérieure. Evidemment, ce n'est jamais simple à vivre, mais il est important d'en comprendre la signification : une épreuve est là pour casser un schéma préétabli, inconscient, qui peut procéder d'habitudes de fonctionnement ancrées et/ou jamais remises en question. L'épreuve crée une rupture intérieure, mentale, émotionnelle, physique parfois, spirituelle des fois. Elle nous met face à nous-même dans la mesure où nous avons fait le choix de la conscience. Dans le choix contraire, ou plutôt dans un non choix, la souffrance générée peut ne jamais se guérir. On accuse l'autre, Dieu ou la vie d'un malheur qui nous tombe dessus sans crier gare et cela crée une bulle de souffrance qui n'explosera plus jamais, ou seulement sous la forme d'une maladie, comme l'exemple de cette tante tant aimée décrit plus haut.

Si vous êtes sur un chemin spirituel, il se peut que vous ayez une certaine image de vous-même, de la Vie telle qu'elle devrait être, des autres tels que vous aimeriez qu'ils soient, de votre propre chemin,... Peut-être ne vous autorisez-vous pas alors à être "vous-même" lorsque la Vie vous bouscule, soit par déni de l'expérience, soit pour maintenir cette image de vous. J'ai fréquenté de nombreux groupes spirituels. J'ai vu ces comportements de multiples fois. Dernièrement j'ai même entendu quelqu'un dire qu'il était important d'aborder les événements comme un sage, tout cela parce que ça faisait de nombreuses années qu'il écoutait les enseignements de certains "maîtres" qu'il essayait de mettre en pratique; il expliquait à ceux qui voulaient bien l'entendre,qu'il se devait d'être "un modèle" vis-à-vis d'autres personnes de son entourage car lui suivait un chemin spirituel d'éveil. "Es-tu toi-même un sage ?" lui ai-je demandé ? "Non" finit-il par me dire, "mais comme je suis sur un chemin spirituel et que j'ai compris nombre d'enseignements, je me dois de faire face comme un sage, de le montrer et d'expliquer ce que j'ai compris quand l'autre en a besoin". J'assure que cette conversation est véridique. Je lui ai simplement posé la question de savoir pourquoi il s'imposait cette "discipline" alors qu'il admettait, assez timidement toutefois, avoir de multiples difficultés à tenir lui-même ce qu'il prêchait. Je crois qu'il a compris que quelque chose n'était pas juste dans sa façon de se comporter, du moins dans certaines circonstances... Ce que je veux expliquer par là, c'est que si une compréhension ne s'est pas faite "corporellement parlant" à l'intérieur de vous, et que celle-ci n'a pas abouti à une véritable libération, laissant place à une plus grande paix et un plus grand amour, mieux vaut éviter de conseiller. Une personne en souffrance est souvent quelqu'un qui développe une certaine sensibilité émotionnelle, qui rend la personne plus apte à déceler le vrai du faux chez l'autre. Parfois, mieux vaut le silence plutôt qu'un conseil superficiel.

Alors à mon sens il y a deux éléments fondamentaux pour vivre "au mieux" ce genre d'événements : être vrai, et développer la conscience. Inutile de se cacher derrière une apparente force intérieure si celle-ci vous fait défaut. L'être humain est faillible par essence, imparfait, et non accompli. Si vos conditionnements lâchent, si vos émotions débordent, si votre corps vous fait souffrir, laissez les choses vivre en vous, et, laissez les s'échapper à l'extérieur, peut-être dans un cadre intime selon votre degré de pudeur. Mais parfois on ne peut rien retenir, ce qui peut troubler l'image que vous souhaitiez donner de vous-même. Sauf que c'est justement cette image qui vous retient prisonnier dans certains fonctionnements et qu'il est temps de libérer. L'important, c'est la conscience que l'on y met, l'état de présence et la vigilance que l'on va développer dans ce qui va se passer et que l'on va libérer. La véritable force intérieure n'est pas de retenir, mais d'accepter que cela soit et que cela circule. L'acceptation n'est pas seulement un acte mental, c'est surtout un acte corporel. L'événement qui survient, la maladie, la tragédie qui fait tout basculer a quelque chose à vous apprendre lorsqu'elle vous affecte : il y a des choses en vous qui ne demandent qu'à sortir, qu'à s'accomplir, qu'à s'exprimer. Par ailleurs, lorsque nos pratiques nous amènent à toucher des structures de conscience, douloureuses a fortiori, ce qui se joue est une voie de libération. Nous n'aurons alors pas besoin de vivre l'expérience tragique qui se cache potentiellement dans la mise à jour de ces structures, expérience qui aura pour rôle de réactualiser ces mêmes structures. En tout état de cause, regarder notre réalité en face, l'accepter et la laisser s'extérioriser avec conscience et une extrême vigilance nous libère d'un poids dont nous ne soupçonnions pas forcément l'existence auparavant. "La vérité vous libérera" disait Jésus. C'est de cette façon que l'on grandit et que l'expérience tragique peut devenir une source d'enseignement et de force. Donc que nos pratiques nous amènent à faire émerger nos structures, ou que la Vie nous fasse vivre une tragédie qui nous touche "en plein coeur", c'est un travail d'intégration de la conscience qu'il faut réaliser, en conscience et sans faux semblant (cf article une nouvelle conscience).

La violence physique est la forme d'inconscience la plus grande en ce monde. Lorsque l'on a été victime de ce genre d'inconscience, surtout depuis l'enfance, cela est souvent très difficile de se sortir de toutes les structures de protection voire d'agression que ces traumatismes ont construit en soi. Mais c'est possible. Il faut bien comprendre que nous sommes dans une époque de guérison, et donc de transformation, où toutes les choses cachées sont de plus en plus rapidement mises au jour. C'est la raison pour laquelle nous assistons à la mise au grand jour de ces affaires sordides dont on peut entendre parler à la télévision ou ailleurs, dans ce que l'on veut bien nous montrer. Cela peut réactualiser toute sorte de mécanismes jusqu'alors inconscients, en miroir de ces affaires. C'est le travail d'énergies actuellement en oeuvre dans le monde, énergies qui plongent dans l'obscurité la plus grande et qui mettent en lumière ce qui est caché. Il faut donc s'attendre à ce que l'on en voit d'autres, mais aussi à ce que nos propres structures individuelles et collectives soient mises au jour. Par exemple si un secret de famille était enfoui dans les structures de votre égrégore familial, il se peut que dans les prochains temps, il ressorte et mette en lumière un événement dramatique enfoui dans la conscience familiale. Il est donc impératif de développer la conscience et "l'être vrai" sous peine de devoir vivre de nombreux drames, personnels, mais aussi sociétaux, qui vont nous bousculer de façon de plus en plus profonde parce que nous sommes dans ce monde en mutation, et que l'on n'a pour ainsi dire de moins en moins le choix que d'accompagner cette mutation. Et ce que l'on peut vivre individuellement, nous le vivrons indéniablement en groupe, tant que nous resterons cristallisé sur un fonctionnement basé sur l'ego et sur l'inconscience.

On constatera les fruits que ce travail de libération procure lorsque nous serons confrontés nous-mêmes et de nouveau à des situations ou des personnes similaires. Elles viendront à nous comme attirées par une paix naturelle, une patience, une écoute, ou simplement une présence réconfortante qui réchauffera le coeur et apaisera les tensions. Nous ne serons plus amenés à réagir, la situation glissera sur nous, elle ne nous atteindra plus mais au contraire, c'est à partir de la sagesse acquise que nous pourrons véritablement aider, et ce de façon complètement naturelle, en fonction de ce que nous aurons nous-même développé comme qualités d'amour, de pardon, de paix, de guérison.  Par ailleurs, l'ego tendra à diminuer, tant que nous savons rester humble et conscient qu'à tout moment peut nous arriver d'autres drames, plus profonds, plus bousculant encore, d'autant si notre incarnation est dévolue à la transformation intégrale. En effet, s'il vous arrive drame sur drame (ou considérés comme tels), ou si vous avez pu évoluer à partir d'une situation de vie difficile, et qu'en vous ait pu naître un jour l'étincelle divine autour de laquelle se construit l'Être qui vous permet de sortir grandi(e) de ces épreuves, c'est qu'alors vous pouvez être sûr(e) que vous avez quelque chose à réaliser ici-bas. Seulement il faut être vrai, on ne peut pas tricher, et on ne peut rien forcer non plus, ce qui serait le propre de l'ego. La vie saura toujours nous placer face à nous-même, à nos mensonges et nos illusions. C'est de cette façon que nous arriverons à purifier d'abord notre atmosphère proche, et par effet de contagion, l'atmosphère générale. Ne nous leurrons pas, il y a beaucoup de travail à réaliser.

Alors suite à cela il se peut que nos pratiques prennent une autre forme. Il se peut que nous soyons amené à avoir besoin de pratiques plus simples, plus authentiques, moins techniques, moins compliquées. Il se peut que nous ayons besoin de partager dans un groupe, ou à l'inverse que nous ayons besoin de davantage de solitude, pour nous ressourcer pour ainsi être plus présent aux autres, ou d'un changement de vie qui nous amène à plus de vrai et de simplicité. Quoi qu'il en soit, ce sont souvent hélas encore ce genre de situations qui nous amènent à de véritables changements profonds et à de grosses remises en question. Jusqu'à ce qu'une nouvelle conscience émerge, une conscience d'amour et d'intelligence qui nous fasse évoluer de façon plus sereine...

Rédigé par Serge Z.

Publié dans #connaissance de soi

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